Emergents énervants

L’éducation permanente? Quoi? L’Etat (la Communauté française en l’occurence) subventionne des associations pour développer, chez les adultes, « une prise de conscience et une connaissance critique des réalités de la société; des capacités d’analyse, de choix, d’action et d’évaluation »…?

Dérivé de l’Education ouvrière (vers 1830), le concept s’est structuré en Education populaire (1921), est devenu Education permanente (1971), avant d’être entériné (1976), anesthésié (1980, les années d’hiver), puis relifté (2003). Mais le vent à tourné, trop de dangerosité et d’ambiguïtés, le concept initial s’est peu à peu détourné de son caractère critique envers l’ordre établi pour englober aussi des pans de l’insertion et de la réinsertion sociales et professionnelles.

Et Bigoudis, ils existent vraiment ceux-là? Bigoudis est pour certains une nébuleuse, une fiction, une prétention… mais qu’importe? Aussi réel qu’une lettre du sous-commandant Marcos adressée au président de l’Inter de Milan, ou aussi virtuel qu’une fiction qui nous transporte vers de nouveaux mondes, ce groupe d’usagers s’est longtemps réuni autour du projet de réforme du décret de l’Education permanente.

D’abord qualifiés « d’émergents », les membres de la plate-forme se verront ensuite taxés, ne lâchant pas l’affaire, d’ »énervants » puis d’ »emmerdants ».

Est-il possible aujourd’hui, en Communauté française, de poser des questions sur la place des « nouvelles » générations d’associations dans les politiques culturelles, sans se faire taxer de « cannibales » ? D’être critique quant aux politiques de l’emploi et aux conséquences du tout-à-la-professionnalisation sur la vie associative, sans être aussitôt traité de « néo-libéraux » ou de « détricoteurs d’acquis sociaux » ? Peut-on proposer et tenter de penser un problème ensemble – comme semble nous y inviter le discours de la « participation » – sans être écarté du débat ou qualifié de « prétentieux », « d’agitateurs trop peu représentatifs »…?

Au final, les propositions des « énervants » ont été habilement contournées, voire retournées (contre eux), tandis que le nouveau décret a été sagement et unanimement voté. Game over?

Mais non! Aujourd’hui, les persistants ont le grand plaisir de vous présenter leur livre: « Des tambours sur l’oreille d’un sourd ». 260 pages de récits d’une aventure épique, où vous découvrirez aussi de multiples réflexions, analyses, contre-expertises et propositions relatives à ce « secteur » associatif et aux débats qui le traversent (salariat, chômage, subventions, rapport à l’Etat, public cible, évaluation…).

S’il s’adresse aux usagers, bénévoles, employés et employeurs de l’Education permanente, ce livre s’ouvre également au développement des thématiques rencontrées lors de ces réflexions. Il s’agit aussi pour ce « nous » momentané de nourrir une « culture des précédents » : le récit des réussites et des échecs pourrait servir à des groupes, plate-formes, alliances à venir…